- L’OCC accorde, le 12 février 2026, une approbation conditionnelle à Bridge pour s’organiser en tant que banque fiduciaire nationale.
- L’agrément fédéral permet à la filiale de Stripe d’émettre des stablecoins, de gérer des réserves et d’assurer la garde d’actifs numériques sans dépendre des licences d’État.
L’industrie financière américaine ne cesse de s’organiser pour l’intégration des actifs numériques dans le système bancaire traditionnel. En obtenant le feu vert de l’OCC, Bridge ne se contente plus d’être un intermédiaire technique. Elle devient une institution financière à part entière, capable de déployer des dollars numériques avec la même légitimité qu’une banque commerciale classique. Cette décision s’inscrit dans le cadre de la loi GENIUS Act de juillet 2025. Elle avait clarifié les règles du jeu pour les émetteurs de stablecoins aux États-Unis.
Le Stablecoin-as-a-Service : une nouvelle infrastructure pour les géants
Grâce à cette charte fédérale, Bridge va pouvoir proposer un modèle industriel inédit : le Stablecoin-as-a-Service. Concrètement, des entreprises du Fortune 500, des fintechs ou même des institutions financières traditionnelles pourront s’appuyer sur l’infrastructure de Bridge pour créer leurs propres monnaies numériques. Elles n’auront plus besoin de gérer la complexité réglementaire et technique. Bridge rejoint ainsi un club très fermé d’acteurs comme Circle, Ripple ou Paxos. Ils ont également reçu des approbations similaires en décembre dernier, marquant la fin du moratoire officieux sur les banques crypto-natives.
L’avantage opérationnel pour Stripe est colossal. Jusqu’à présent, les acteurs de la fintech devaient jongler avec un patchwork de licences de transmetteurs de fonds dans chaque État américain. Désormais, Bridge dispose d’un passeport fédéral lui permettant d’opérer sur tout le territoire. Pour Stripe, l’objectif est clair : intégrer ces rails de paiement programmables directement dans son réseau de marchands mondiaux. Ainsi, il va réduire les délais de règlement de plusieurs jours à quelques secondes, tout en minimisant les frais de transaction.
Synergie avec Tempo : vers un écosystème de paiement souverain
Cette percée réglementaire ne peut être dissociée de la stratégie technologique globale du groupe. Stripe prépare en effet le lancement de sa propre blockchain de couche 1, baptisée Tempo, développée en collaboration avec le fonds Paradigm. Tempo servira d’autoroute technique optimisée pour les paiements (avec des frais ciblés à un dixième de centime). Bridge, lui agira comme le garant fiduciaire et réglementaire de l’écosystème. Cette combinaison permet à Stripe de contrôler l’intégralité de la chaîne de valeur, de l’émission du jeton à sa circulation sur le réseau.
Cependant, cette accélération suscite déjà des remous au sein de l’American Bankers Association (ABA). Les banques traditionnelles s’inquiètent de voir des géants de la tech obtenir des chartes nationales qui leur permettraient de contourner certaines contraintes imposées aux banques de dépôt. En 2026, la frontière entre le processeur de paiement et la banque de réserve s’efface définitivement. Si le succès est au rendez-vous, Stripe ne sera plus seulement le leader de l’e-commerce. Il deviendra l’un des principaux émetteurs mondiaux de monnaie électronique, défiant directement l’influence des réseaux bancaires hérités.

